VIOLENCES
Texte paru dans Al lizher, bulletin interne de l’EPB, en 2007
Cette vignette[1] met bien en évidence que les enjeux relatifs aux « violences urbaines » ne portent pas uniquement sur des aspects économiques et sociaux, urbains, éducatifs ou scolaires…. Si ces dimensions sont présentes, se pose avant tout, pour les personnes concernées, la question inconsciente du « passage adolescent », de l’abandon des modes d’identification infantiles ou pré-adolescents et des choix propres à chaque sujet de nouveaux supports identitaires en tant qu’homme ou femme. Ce qui a fait acte pour ce jeune homme en analyse, c’est qu’il a été entendu, non pas sur le fait d’avouer incivilités et larcins, mais dans son désir de devenir homme, d’affirmer sa virilité, détenteur d’une certaine puissance phallique.
Ce que révèlent alors les « violences urbaines » récentes, ce n’est pas « l’ensauvagement » d’une partie de la jeunesse, mais la « défaillance symbolique »[2] des personnes qui les entourent, celle des institutions et des professionnels qui les composent, sensés prendre le relais des familles qui n’ont pu assurer un tel passage.
La psychanalyse apprend que la violence pulsionnelle existe au cœur de tout homme, qu’elle se régule et est sublimée au travers des processus de refoulement organisés autour d’un axe dénommé Phallus par Jacques Lacan. L’accès à la parole, l’entrée par le langage dans l’ordre symbolique, sont également des processus de violence puisqu’ils nécessitent de la part de chacun une perte de jouissance.
Le « travail » sur la violence ne peut donc être laissé aux seules mains de la police, de la justice, des médias et des « délinquants ». Il en va de la responsabilité de chacun, en tant que professionnel ou citoyen, afin que la défaillance symbolique actuelle ne devienne catastrophe.
« L’adolescent face à ses actes… et aux autres. Une clinique de d’acte ». Editions Erès, 2005, page 74-75.