Intervention en 2003, dans le cadre des activités de l’E.P.B., Ecole Psychanalytique de Bretagne, affiliée à l’ALI (Association Lacanienne Internationale).
« Tout homme porte une chambre en lui. C’est un fait qui peut même se vérifier à l’oreille. Quand un homme marche vite et que l’on écoute attentivement, la nuit peut-être, tout étant silencieux alentour, on entend par exemple le brimbalement d’une glace qui n’est pas bien fixée au mur. » Kafka[2]
Cette intervention est articulée autour des quatre axes suivants, trois d’entre eux comprenant une vignette clinique :
– le contrat et le pacte, c’est-à-dire le contrat comme paradigme de l’intervention sociale, mis en parallèle ici avec ce qu’on peut appeler le pacte symbolique ;
– le concept d’acteur social par rapport à celui de sujet de l’inconscient
– la question du transfert : est-ce que les travailleurs sociaux ont à faire avec le transfert et comment s’en débrouillent-ils ?
– la question de la structure psychique du sujet.
1- Le contrat social, le projet individualisé et le pacte symbolique.
Chacun sait que la société contemporaine est en mutation importante. Le secteur social, médico-social ou sanitaire connaît aussi ces mutations, que je propose de lire selon deux logiques : la dés – institutionnalisation et la rationalisation.
Le premier processus désigne le passage d’une prise en charge institutionnelle à une forte individualisation des situations, à une logique individuelle[3]. Cette évolution a été visible dans la psychiatrie, avec la réduction importante du nombre de lits (entre 65 000 et 100000 d’entre eux ont disparu au cours des 20 dernières années[4]) ainsi que la diminution de la durée d’hospitalisation. Elle pourrait aussi à l’avenir concerner une partie du secteur médico-social[5]. Ce processus a pour conséquence la présence d’un plus grand nombre de personnes avec des troubles psychiatriques dans la cité, comme l’atteste le développement des mesures de tutelle en France.[6] Cela se traduit aussi par un éclatement et une multiplication des interventions, et par des permutations de publics entre institutions.
Avec le terme de rationalisation, nous voulons désigner une organisation des modes d’interventions des professionnels selon des logiques administratives. L’une des caractéristiques de cette évolution nous semble être le poids dominant des modèles de projet et de contrat individuels. Ces notions sont devenues si prégnantes que l’on peut parler de véritables modèles ou paradigmes de la relation de travail social, de soin ou d’aide.
On a assisté en effet à la mise en place parallèle de deux séries de dispositifs :
– sur le plan institutionnel, de nombreux dispositifs s’organisent en termes de projets et de contrats : projet de développement de territoire, projet de ville ou de quartier, projet d’établissement et contrats d’objectifs, contrat enfance, contrat temps libre, projet et contrat éducatif local, contrat local de sécurité, contrat de ville, etc.
– sur le plan des relations entre professionnels et ‘usagers’ ou personnes aidées, le vocabulaire est proche : diagnostic ou évaluation de la situation, élaboration d’objectifs, puis mise en œuvre de moyens, sont les étapes incontournables des « projets individualisés » et des « contrats » dans de nombreux domaines : contrat de qualification (ANPE) ou d’insertion (RMI), contrat de retour à l’emploi (PARE), contrat de suivi social (contrat d’accompagnement social RMI, pour le logement des personnes en difficulté, etc.), contrat de vie scolaire, et contrat de séjour ou de prise en charge dans une institution, et également contrat thérapeutique !!!
Cette forme étroite du contrat prend toute son ampleur, tout son développement, à un moment où perdent de leur importance dans la société les modèles religieux, et où s’évanouissent les croyances collectives sérieuses en des projets de transformation profonde de la société. Et dans cette période, on assiste également à une transformation ou dissolution de différents liens sociaux, sous l’effet de l’extension d’une autre forme qui devient dominante, la forme marchande, qui a pour corollaire une fragilisation d’un autre type de contrat : le contrat de travail.
On voit donc le projet individuel généralisé succéder au projet politique collectif et venir suppléer à la déliaison sociale contemporaine. On peut également lire cette mutation comme un symptôme d’une mutation de la société dans son rapport au Symbolique, comme un révélateur d’un certain vacillement de la fonction symbolique dans la société : comme si un arsenal de dispositifs et de professionnels était nécessaire dans nos sociétés pour maintenir un « être ensemble », pour faire exister un certain ordre du monde. Le recours de plus en plus fréquent au droit et à la justice est un signe qui va dans le même sens.
Mais précisément, la relation qui lie un travailleur social ou un autre professionnel et une personne en difficulté ou en souffrance peut-elle être construite exclusivement sur le modèle du contrat ? Les liens sociaux se résument – ils à des relations systémiques entre aidants et aidés ?
Or qu’apprend-t-on sur les relations père – fils au sein de la famille ? c’est que la vie familiale y est régie par un système de contrats, négociés, discutés régulièrement, contrats écrits, parfois signés, affichés et objet de re – discussions ou redéfinitions avec tensions et conflits. Il en est ainsi des contrats entre les parents et des contrats entre parents et enfants, qui cherchent à baliser, planifier, répartir les actes de la vie quotidienne à exécuter (courses, ménage, etc.). Ils s’accompagnent également d’un système de sanctions graduées, dont le maximum prévu est la mise à la porte du jeune par ses parents. Et dans le déroulement de la vie de ce jeune adolescent, on voit ce système de contrats s’étendre hors de la famille, puisque le fils sera amené à signer un contrat avec son école, puis avec la gendarmerie, puis avec le juge…selon un schéma identique à chaque fois : procès – verbal ou constat de l’infraction, admonestations, discours éducatif, et sanction – exclusion…
Le ‘fonctionnement’ (terme qui fait penser à une gestion bureaucratique) de cette famille sur un tel système de contrats reposait aussi sur une volonté du père de faire adhérer son fils aux termes du contrat.. Et au cours de la cure analytique, ce système va bouger à partir du moment où le père va pouvoir se dire « Des contrats…j’ai perdu le souci qu’ils soient respectés à la lettre et j’essaie de ne plus le menacer de le mettre à la porte… »
Le pacte symbolique inconscient qui régit les relations familiales était dans cette famille remplacé par un système de relations formelles, traduites dans un écrit. Cette tentative de gestion des relations familiales sur le mode du contrat égalitaire entre le père et le fils faisait l’impasse sur la succession des générations, sur la mort.
Si on transpose cet exemple dans une institution sociale ou médico – sociale, on peut souligner que, même si le contrat ou le projet ne résume pas toutes les dimensions des relations entre professionnels et personnes, il y a un décalage entre les tentatives de définir de tels cadres de travail, nécessaires dans certaines circonstances, et la question fondamentale que pose tout être humain par ses actes et par ses symptômes : quelle est ma place, là, dans mes relations sociales et familiales, dans la société, mais aussi dans la succession des générations, dans l’ordre symbolique ? Questions qui renvoient au décalage, à la différence de niveau entre la réalité et ses mirages imaginaires et le Symbolique, tel qu’en parle Lacan :
« Le complexe d’Œdipe, veut dire que la relation imaginaire, conflictuelle, incestueuse en elle-même, est vouée au conflit et à la ruine. Pour que l’être humain puisse établir la relation la plus naturelle, celle du mâle à la femelle, il faut qu’intervienne un tiers, qui soit l’image de quelque chose de réussi, le modèle d’une harmonie. Ce n’est pas assez dire – il faut une loi, une chaîne, un ordre symbolique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père. Non pas le père naturel, mais ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la collision et l’éclatement de la situation dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père. J’insiste – l’ordre symbolique doit être conçu comme quelque chose de superposé, sans quoi il n’y aurait pas de vie animale possible pour ce sujet biscornu qu’est l’homme. »[8]
On peut souligner à partir de ces remarques que les analyses sociologiques qui décrivent les mutations sociales contemporaines uniquement en termes d’exclusion, de disqualification (Paugam), de désinsertion (De Gaulejac) ou de désaffiliation (Castel)[9] restent incomplètes quand elles ne prennent pas en compte la fonction symbolique et le rapport des sujets contemporains avec cet ordre.
2- L’acteur social et le sujet de l’inconscient.
Dans le contexte actuel de transformation profonde de la société, que d’aucuns décrivent comme inédit[10], il n’est guère surprenant d’observer également des transformations des formes de malaise social et de mal-être : à côté des ‘maladies mentales’ objets des interventions de la psychiatrie, vient sur le devant de la scène un public avec d’autres symptômes, enclin à des passages à l’acte, à des formes de somatisation, à des pratiques addictives, etc., et bien souvent rétif au projet individualisé et à la contractualisation. Ce qui fait que l’un des leitmotivs des travailleurs sociaux est une plainte quant aux modalités de travail avec ces publics qualifiés de ‘psy’.
Ces situations interrogent alors les fonctionnements ordinaires des institutions, les modalités de ‘prise en charge’, puisque le malaise d’une partie de ce public s’exprime au travers d’une incapacité à rester dans un cadre (le cadre familial ou scolaire, le cadre du travail d’accompagnement social proposé, etc.)[11]. Ceci conduit à s’interroger non seulement sur la notion de contrat, mais également sur celle de sujet : en effet le contrat ne repose –t-il pas sur l’idée d’un sujet rationnel en mesure de décider objectivement de ses intérêts ?
Dans le travail social, la notion d’acteur est largement utilisée, parfois de manière alternative avec celle de sujet. On dira alors que les dispositifs d’interventions sociales ont pour objectifs de rendre la personne ou le sujet autonome.
Si l’on se place de ce point de vue, on peut déjà souligner la difficulté d’un tel objectif. En effet de nombreux dispositifs se caractérisent par leur complexité, le chevauchement des interventions, des cloisonnements administratifs, des organisations hiérarchiques. Par exemple, comment un allocataire du RMI peut – il se positionner en tant qu’acteur au milieu d’une chaîne d’intervenants qui vont de l’employé municipal en CCAS, au conseiller municipal ou général qui siège à la CLI, à l’assistante sociale de CDAS, au conseiller chargé de réaliser un bilan de compétences, à l’agent ANPE, au chargé d’une mesure d’accompagnement social, au professionnel de la santé, à l’organisme gérant l’allocation, etc. ? Le terme de prise en charge prend peut-être ici le sens d’une charge institutionnelle qui pèse sur le ‘bénéficiaire’ d’une mesure, avec ses effets inévitables de production par lui d’un discours stéréotypé. Aux questions que posent les professionnels, il ne peut répondre que selon leur logique !
Le parcours d’un enfant en difficulté scolaire[12] est sans doute comparable, avec ses différents rendez-vous avec l’enseignant, le psychologue scolaire, un centre de consultation psychothérapeutique ou chez un ‘psy’ libéral, un orthophoniste éventuellement, un aide – éducateur, l’équipe éducative pour la constitution du dossier de la CCPE, l’audience des parents en CCPE, l’orientation éventuelle vers un établissement spécialisé ou un service d’accompagnement de type SESSAD, l’audience en CDES après constitution d’un dossier, la rencontre – visite de l’établissement spécialisé, etc. Au total cela représente une vingtaine d’intervenants et un nombre d’interventions plus élevé sur quelques mois. Dans ce parcours, où les convocations administratives alternent avec des audiences et des rendez-vous, la bonne volonté des professionnels peut-elle éviter le désinvestissement des parents ?
Quant à l’enfant lui-même, quelle peut être sa place de sujet dans un tel parcours ? S’il a manifesté par différents symptômes sa difficulté à se positionner dans sa vie, qui se traduisent par des difficultés d’apprentissage scolaire par exemple, où donc et comment pourra-t-il rencontrer une adresse pour déposer ce qu’il exprime, et peut-être en faire autre chose ? Comment un transfert peut-il se construire avec une telle succession d’intervenants ?
Soulignons à ce propos que le vocabulaire le plus fréquemment utilisé dans le travail social rend bien la dimension d’extériorité de l’acteur social par rapport à ces dispositifs. Ainsi le terme de ‘suivi’ : les professionnels suivent-ils les personnes à la trace ? Et cette expression de ‘prise en charge’ : les personnes sont – elles des charges ? sont – elle lourdes ? sont – elles des objets à prendre ? sont – elles prises dans des dispositifs comme dans un piège ? ou ces dispositifs prennent-ils, comme le ciment, en insérant dans la même masse professionnels et bénéficiaires?
La notion d’acteur social ne recouvre aucunement celle de sujet pour la psychanalyse. Freud a en effet décrit l’émergence du sujet, d’une part en tant que moi se constituant progressivement par distinction du monde extérieur, d’autre part à partir de sa recherche d’un objet irrémédiablement perdu.
Ainsi dans « Malaise dans la civilisation« [13], Freud décrit le processus de formation du moi comme une différenciation du monde extérieur, la succession de présence et d’absence le conduisant à être placé « pour la première fois en face d’un « objet », autrement dit d’une chose située « au dehors » et que seule une action particulière contraint à apparaître » (p. 9). Cette formulation fait écho à d’autres écrits où Freud décrit la constitution du sujet à partir de la représentation d’un objet irrémédiablement perdu.
« L’opposition entre subjectif et objectif n’existe pas dès le début. Elle s’instaure seulement par le fait que la pensée possède la capacité de présentifier de nouveau, par reproduction dans la représentation, quelque chose autrefois perçu, l’objet n’ayant plus à être encore présent à l’extérieur. La fin première et immédiate de l’examen de réalité n’est donc pas de trouver dans la perception réelle un objet correspondant au représenté mais de le retrouver, de se convaincre qu’il est encore présent. Un nouvel apport contribuant à rendre étrangers l’un à l’autre le subjectif et l’objectif provient d’une autre capacité de la faculté de penser. La reproduction de la perception dans la représentation n’en est pas toujours la répétition fidèle ; elle peut être modifiée par des omissions, altérée par des fusions entre divers éléments. L’examen de réalité a ensuite alors à contrôler jusqu’où vont ces déformations. Mais on reconnaît, comme condition pour la mise en place de l’examen de réalité, que soient perdus des objets qui autrefois avaient apporté une satisfaction réelle ».[14]
Trois opérations sont décrites là par Freud, comme étant à la base des opérations de pensée, de la faculté de jugement : la distinction entre l’intérieur et l’extérieur (première opération de pensée) ; la présentification ou représentation de l’objet disparu ; et l’altération, la modification de la représentation par des processus de langage (fusions, omissions, associations de signifiants). Freud décrit donc à la fois l’émergence des processus de pensée, originels, premiers, (c’est-à-dire l’émergence de la pensée Symbolique) et l’émergence du sujet. Cette émergence repose sur des déplacements au niveau psychique : substitutions de représentations à l’objet perdu, et modifications des représentations, ou remplacements de représentations par d’autres représentations.
C’est Jacques Lacan qui a, dans les années 1950, souligné ces conceptions freudiennes du sujet, en le distinguant du Moi et qui les a traduites d’une autre manière dans son vocabulaire, et à partir de sa conceptualisation du stade du miroir, de l’objet perdu comme objet a, et de l’articulation des trois concepts de Réel – Symbolique – Imaginaire.
« Toute appréhension humaine de la réalité est soumise à cette condition primordiale – le sujet est à la recherche de l’objet de son désir, mais rien ne l’y conduit. »[15]
« Il ne s’agit nullement de l’objet considéré dans la théorie moderne comme étant l’objet pleinement satisfaisant, l’objet typique, l’objet par excellence, l’objet harmonieux, l’objet qui fonde l’homme dans une réalité adéquate, dans la réalité qui prouve la maturité – le fameux objet génital. (…) Une nostalgie lie le sujet et l’objet perdu à travers laquelle s’exerce tout l’effort de la recherche. » [16]
Une telle élaboration théorique met au cœur de la nature humaine un manque originel radical, qui ne peut jamais être comblé (que Lacan, à partir de Heidegger, nommera : manque-à-être), ainsi qu’un exil ou un déplacement du sujet par rapport à un objet à jamais perdu. Cet exil primordial constitue une équation qui donne quelques repères devant de multiples formes cliniques. Lacan a résumé cette question en une formule : la formule du fantasme.
Ainsi le sujet de l’inconscient n’est pas le sujet rationnel de la sociologie ou même de la science. Au ‘Cogito ergo sum’, au ‘je pense, donc je suis’ de Descartes, Freud et Lacan répondent trois siècles plus tard : « Je suis où je ne pense pas, je pense où je ne suis pas. »..
Au cœur du sujet : un lieu, un espace, une Autre scène : l’inconscient. Et le moi se révèle un artefact, une construction, une fiction, que la cure analytique va peut-être démasquer quelque peu, pour toucher à quelques points de vérité qui permettent de comprendre le destin spécifique de chaque être humain. Au cœur de chaque destin également, dans la névrose et la perversion, un fantasme, qui donne au sujet son sentiment d’unité : i ( a ). Et au cœur du fantasme, un objet perdu, l’objet a, que Lacan va définir progressivement comme irreprésentable, objet métonymique du réel.
Le sujet dont il est question en psychanalyse n’est donc pas le sujet social. La situation de la personne en relation avec un professionnel de l’action sociale est certes la résultante de déterminismes économiques, sociologiques, institutionnels, mais cette personne n’est pas non plus un sujet rationnel, libre auteur de ses actes, déterminant en toute conscience ses actions, son projet en fonction d’objectifs prédéfinis et en attente de retour de quelques bénéfices, quand bien même ils seraient qualifiés de symboliques (Bourdieu).
Dans ces conditions, on voit bien le décalage qui existe entre des questions que posent les sujets aux professionnel des institutions et les réponses le plus souvent données :
– d’un côté, les personnes en difficulté, en souffrance, posent directement ou de manière sinueuse une question sur leur position de sujets, sujets de l’inconscient : Qui suis-je ? Que ce que cela veut dire, ce qui m’arrive ? Pourquoi cela m’arrive—t – il à moi ? Est-ce que cela va durer jusqu’à ma mort ? Y a-t-il quelqu’un pour m’entendre ? Quelle logique pourrait donc rendre compte de mon destin ? Ensemble de questions posées selon des modalités spécifiques à chaque sujet, marqué, ou non, du sceau de la castration symbolique, questions qui se situent donc sur une Autre scène, celle de l’inconscient ;
– et de l’autre, des professionnels qui leur adressent en guise de réponse des questions telles que : « que veux-tu ? », « quel est ton projet ? », ou des injonctions : « soyez autonomes ! » ou des conseils de type : « Allez consulter! ».
3- Le transfert
Deux conceptions peuvent être entendues à propos du transfert : il n’y a de véritable transfert que dans le cadre de la cure analytique ; ou : le transfert existe et se manifeste dans de nombreuses autres situations. Alors peut-on dire que les travailleurs sociaux ont à faire avec le transfert, et comment s’en débrouillent – ils ?
Le mot transfert désigne tout d’abord un déplacement ; c’est dans ce sens qu’il est souvent utilisé dans « L’interprétation des rêves » de Freud : le déplacement d’un élément d’un rêve est une des modalités pour l’inconscient d’exercer la censure, de travestir la représentation qui va arriver à la conscience. Ce mot transfert renvoie aussi aux premières conceptualisations de l’hystérie par Freud, les névroses de transfert reposant sur un processus de déplacement, de conversion du psychique au somatique, et une forme de traduction d’une langue en l’autre, ou de l’angoisse en symptôme.
Mais la conception freudienne du transfert est tirée de l’expérience de la cure, et on peut dire qu’elle est autant la création de ses premières patientes que celle de Freud et des psychanalystes. Freud et Breuer avaient constaté vers 1895 que certaines de leurs patientes allaient bien quand ils leurs faisaient une visite quotidienne, mais que leurs symptômes se manifestaient particulièrement en cas de manquement à ces visites. Dans ce type de situations, c’est bien la présence des deux protagonistes qui est importante et peut-être efficace, bien plus que ce qu’ils peuvent dire. Ce que Freud élabore à partir de là, c’est qu’il fait de ces ‘sentiments’ ordinaires, qui se mettent en place entre deux personnes qui se rencontrent régulièrement, sentiments bien connus avant lui, un outil essentiel de la relation thérapeutique.
Dans la situation analytique, ce ne sont pas deux personnes qui sont en présence, comme dans une rencontre sociale ordinaire ; on ne peut pas dire là que 1 + 1 = 2, mais au moins que 1 + 1 = 3 ou que (1+ 1) correspond à (-1) + (-1). L’efficace de la cure analytique[17], cure par la parole, tient au dépassement de la relation imaginaire (1 + 1 = 2), et au travail dans une autre dimension, Symbolique. Toute relation humaine est basée sur le langage, tous les rapports sociaux sont englobés dans le Symbolique. Le cadre ou dispositif analytique a pour conséquence de mettre les deux personnes en présence l’une de l’autre, mais surtout en présence d’un tiers Symbolique, que l’on ne peut définir que par l’alternance de la présence et de l’absence, par la représentation de l’absence, de la différence sexuelle, et de la mort.
C’est pourquoi on peut représenter les deux protagonistes de la cure analytique de la façon suivante : (-1) et (-1) ; ce que l’on peut rapprocher d’une définition de l’amour par Lacan : « donner ce qu’on a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». En effet l’un vient avec ce qu’il n’a pas, son manque-à-être, et il vient le proposer à quelqu’un qui n’en a que faire, puisque lui, ce qui l’habite, c’est son manque propre. Et les grandes histoires d’amour correspondent sans doute aux situations où ces deux manques (-1) se touchent, se frôlent, s’alimentent, de manière évidemment biscornue.
Une autre manière de parler du transfert repose sur le concept de ‘sujet-supposé-savoir’ de Lacan : le patient qui fait une demande d’analyse suppose chez le psychanalyste un savoir. Mais le mouvement de la cure va consister à déplacer les termes de ces représentations, en déplaçant progressivement les questions initiales : le savoir n’est pas chez le psychanalyste, comme il l’est chez le médecin et le psychothérapeute, il est chez le patient. Et le cadre analytique, l’interprétation ou l’intervention de l’analyste, sont là pour opérer ces déplacements et pour faire advenir ce savoir inconscient du sujet. Cette conception met l’accent également sur l’asymétrie de cette situation, c’est-à-dire sur le fait que, plus que l’énoncé et son sens, l’énonciation (c’est-à-dire le cadre de ce qui est dit, les positions respectives occupées par l’un et l’autre, et les représentations inconscientes qui les guident…) détermine le mouvement de la cure.
Si l’on prend ainsi ces deux points de butée relatifs au transfert analytique (le Symbolique et le manque-à-être d’un côté, le sujet–supposé-savoir de l’autre) peut-on répondre à la question posée plus haut sur ce qu’il en est du transfert pour les professionnels du travail social ?
La dimension du sujet-supposé-savoir semble présente dans de nombreuses situations de demande d’aide et d’intervention de la part de personnes en difficulté. Mais précisément, les professionnels restent-ils en position de supposé savoir ou en position de savoir ? Il nous semble qu’ils sont le plus souvent en position de savoir : savoir donner une réponse, savoir proposer quelque chose, savoir contrôler ou maîtriser les situations, savoir expliquer les symptômes ou les problématiques des personnes par des peudo-savoirs sur leur enfance, leurs traumatismes, ou leurs générations antérieures…. La dimension imaginaire y paraît très présente, puisque l’on observe bien souvent :
– l’abolition de l’asymétrie de la relation personnes accueillies / professionnels : ces derniers ont tendance à développer auprès des premiers des comportements qui visent à ce que tout le monde soit sur un même pied d’égalité : le tutoiement, et les bises entre professionnels et personnes ne sont sans doute pas généralisés, ils ne sont pas rares. La promotion actuelle (nécessaire) des droits des usagers, le développement des discours sur leurs « compétences », (la « compétence » des familles ou des parents) vont également dans ce sens. La dissymétrie fondamentale des statuts, des places de chacun dans ces relations est érodée, ce qui est également une tendance dans la société (usage généralisé du tutoiement et substitution du prénom au nom propre dans de nombreuses circonstances) ;
– la prégnance d’un idéal d’une communication transparente, comme s’il s’agissait d’une condition d’efficacité du travail[18]. Ce qui va dans ce sens, c’est la tendance à chercher du côté de l’histoire familiale ou la propension à ce que tout des problématiques des personnes accueillies se sache, se dise dans les services ;
– le fonctionnement collectif, l’esprit d’équipe : les décisions peuvent être prises dans le cadre d’un consensus mou, où le référent d’une personne va devoir abdiquer d’une position personnelle de sujet devant ses collègues. Paradoxe de ces dispositifs : il est demandé aux personnes en difficulté qui s’y trouvent de viser à être autonomes, à être ‘acteur de leur propre vie’ ; alors que les professionnels de l’action sociale sont pris dans des dispositifs et des fonctionnements administratifs et institutionnels qui les conduisent, eux, à ne pas l’être. Certaines institutions peuvent apparaître alors comme des univers maternants, des sortes de ‘loft’, non pour les personnes accueillies, mais surtout pour les professionnels qui y seraient »pris en charge » ;
– l’occultation, le refoulement chez le professionnel de ses propres manques, de ses limites, de ses affects et de difficultés devant certaines personnes, pris dans la logique de faire le bien et de ne pas montrer ses failles. La conséquence de cette logique est de privilégier le faire, l’action à tout prix, éléments visibles qui vont pouvoir sauver la face pendant quelque temps. Ce refoulement a des limites, ce qui peut se manifester alors par un passage à l’acte institutionnel, tel que l’expulsion de la personne du service ou de l’établissement[19].
Abolition de leur position de sujet-supposé-savoir dans sa dimension inconsciente ; mise à l’écart de leurs failles, de leurs manques ; et positionnement des professionnels sur un plan essentiellement imaginaire dans un univers de gestion communicationnelle nous paraissent donc très souvent à l’œuvre dans les services, établissements et institutions.
Ainsi les professionnels de la relation sociale, d’aide ou de soin sont bien pris dans les multiples dimensions du transfert et contre – transfert, mais peut-être à leurs dépends, quand font défaut les quelques balises que pourrait leur apporter la psychanalyse pour se repérer dans ces jeux de forces.
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La question du transfert peut aussi être développée à partir de la notion d’adresse, c’est-à-dire : le symptôme se manifeste de telle manière, spécifique à tel sujet ; s’il se manifeste c’est qu’il est un appel à l’Autre, pour qu’il entende quelque chose de la question inconsciente qui l’habite, et pour être un lieu d’élaboration de cette question. Mais on peut se demander dans quelle mesure les dispositifs des services et établissements permettent à de tels lieux d’exister. A l’appui de cette observation on met en avant deux phénomènes :
– la circulation de nombreuses personnes entre différents dispositifs ; une expression courante dans certains milieux professionnels (‘se refiler la patate chaude’) rend bien compte de cette fuite (des professionnels !) devant le symptôme. Cette circulation fait penser au texte « La lettre volée » d’Edgar Poe,[20] lettre compromettante que personne ne voit parce que si apparente au milieu des objets ordinaires d’un appartement, et circulant entre différentes places ;
– la multiplication des lieux d’écoute, et la promotion de ce terme : s’il faut créer des lieux d’écoute aujourd’hui de plus en plus, est-ce à dire que les professionnels n’écouteraient pas ceux qu’ils reçoivent, ne pourraient plus les écouter ou ne sauraient pas les écouter ?
Le terme d’adresse permet également de penser le symptôme en termes de lettres, nécessitant un espace où s’écrire,[21] sur la base d’une écoute Autre, écoute par le sujet lui-même, à partir de l’écoute de l’analyste, d’autres signifiés derrière les signifiants redondants de l’analysant, opération qui permet l’émergence d’un savoir inconscient.[22]
On illustrera ce propos par une vignette clinique extraite de la publication « les Allumeurs de Réverbères »[23]. Dans ce document, une psychologue raconte un événement qui survient dans un établissement d’éducation IME ou IR.: un enfant de cet établissement est en train de taper sur les carreaux d’un bâtiment, suite à une altercation avec un éducateur de l’équipe, que l’enfant a insulté et sali de son crachat.
Cela se passait avant son rendez-vous avec la psychologue qui va alors vers lui en lui disant : « Viens plutôt frapper dans mon bureau ». Et cet enfant se met à dessiner, et précisément à dessiner quelque chose qui se rapporte à la limite en dessinant attentivement un trait au bord de la feuille de papier. Ce qui s’avèrera une séance particulièrement importante, un moment crucial, dans le travail de cet enfant qui repérera là le signifiant « limite », qui circulera ensuite entre l’adolescent et les professionnels (l’enfant va faire des excuses), parce qu’il aura été écrit, inscrit, visualisé, actualisé et subjectivé par le sujet, et non pas brandi comme un sentence.
Comme le souligne l’auteur de cet article : « Je pense que ma formulation a eu son importance. Ni du côté de la règle (tu n’as pas le droit de), ni du côté du sens (pourquoi as—tu fais cela ?), j’ai plutôt cherché à attraper par les mots quelque chose du côté de l’acte pour qu’il puisse s’en dégager et accéder à un autre lieu, à une autre manière de dire. (…) Le passage par la trace, par l’écrit lui permet de se séparer de la charge pulsionnelle de sa question… ». [24]
On voit dans cette vignette que la cure analytique n’est pas un lieu de parole libératrice par elle-même, qui permettrait une sorte de catharsis bénéfique, notamment pour ceux qui ont eu une enfance malheureuse et connu des traumatismes. etc. L’enjeu de la cure est l’émergence du sujet à partir d’un déplacement de signifiants. En d’autres termes, c’est parce que quelque chose aura bougé dans l’ordre des représentations inconscientes du sujet, dans les combinaisons de signifiants[25] propres à sa vie, que le sujet occupera une autre position subjective, dans son rapport aux autres et dans la société.
« Un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant », (Lacan) : un signifiant représente un sujet à la place d’un autre signifiant[26] : cette place spécifie l’idée d’espace, d’écart, donc de déplacement ; on peut y entendre aussi l’écart ontologique du manque-à-être. Le sujet advient de cette substitution (opération originelle, mythique, irreprésentable, et toujours présente) d’un signifiant par un autre, au travers de toutes les métaphores de la langue ; et ce déplacement définit un manque, un espace, marqué, bordé par différents signifiants de la langue, et c’est dans ce manque, dans ce creux que le sujet peut ek-sister ( au sens de : surgir )[27].
Ce que permet donc le transfert analytique c’est une élaboration à partir de l’irreprésentable, ou à son entour. Le transfert ne crée donc pas les conditions pour parler, il permet une actualisation de quelque chose du fantasme qui gouverne la vie du sujet, de la part d’impossible qu’il y a chez tout être humain, il permet un déplacement de ce qui en est la limite. C’est dans cette actualisation, dans ces déplacements, que gît l’efficace de la cure analytique, la source des mutations que peuvent connaître les sujets qui s’y engagent[28].
4- Le travail social et la structure psychique du sujet
A observer leur modalités d’intervention, le fonctionnement des services et établissements, les discours, on peut croire que les professionnels du travail social développent des dispositifs, des interventions pour des gens qui leur ressemblent, dans la grande majorité, c’est-à-dire pour des névrosés, tandis qu’ils semblent, de manière générale, ignorer que la psychose et la perversion existent.
La notion de structure psychotique qui résulte de la théorie lacanienne peut pourtant constituer un repère intéressant pour les travailleurs sociaux. Elle peut permettre de comprendre que certains comportements apparemment irrationnels sont des ‘protections’ contre un ‘déclenchement’ de psychose. S’il est impossible de développer ici cette question, mentionnons que la pression sociale, une intervention pressante pour définir un projet ou signer un contrat peuvent produire des effets déstructurants majeurs chez certains sujets, ce dont il serait bon de se rappeler à l’heure où on veut remplacer le RMI par un RMA plus injonctif quant au rapport au travail.
Avant son départ, il était passé du centre d’accueil (sans limite de durée de séjour) au centre de réinsertion (6 mois renouvelables une fois), avec la mention « stage extérieur », et cela à l’invitation et sous la douce pression des intervenants sociaux, qui le jugeant bien inséré dans le centre, ont souhaité pour lui un parcours, un projet d’insertion, une formation…Raymond ne sait pas / ne peut pas dire non. « Il a tenu un mois et demi, puis il a fichu le camp, honteux, battu, écrasé. Il est reparti vers son pinard, ses soûleries, ses délires et sa mort. ». Il est reparti et revenu ivre, et ni l’assistance sociale ni le psychologue ne voient le lien entre le passage à l’acte alcoolique et l’injonction à l’amélioration objective de la situation, sous-tendu par le fantasme du travail. Deux ans et demi de stabilité effacés.
« Il sentait bien, Raymond. D’instinct, il avait compris que la liberté n’était pas pour lui, que la liberté était poison. Il n’en voulait plus de sa permission de sortie. Dehors le guettaient les désastres et tous les égarements. Danger ! Aussi lui fallait –il se rétrécir, se retirer, demeurer un peu esclave, un peu bagnard aussi. »
« Ainsi mourut un homme qui s’était élevé jusqu’à une hauteur de vue peu commune, où lui était apparu que la plus grande des libertés, pour lui, consistait justement à y renoncer. On ne le lui permit pas. Les sages de l’Antiquité l’auraient admiré. Nous autres, hommes de la modernité, hommes de progrès, hommes éclairés, ne réussîmes qu’à le conduire à la mort. Pour son bien… »[30]
La notion de perversion serait également un point de repère intéressant dans le travail social : pour la psychanalyse cette notion ne se rapporte pas uniquement aux comportements sexuels ; plus largement elle désigne la problématique de personnes qui dénient la castration, la loi Symbolique, en repérant chez l’autre la faille, le point d’angoisse, et en jouissant de le toucher.
Les professionnels de l’action sociale sont donc des proies idéales des personnes qui sont aux prises avec de telles problématiques, en raison de la multiplication des services et des intervenants au sein de chaque dispositif, de leurs failles, manques ou insuffisances, des faiblesses ou manques de chaque professionnel, qui peut être mis à mal par le travail avec de telles personnes. A tel point que dans certaines situations, à défaut de points de butée ou d’arrêt, de paroles qui font acte (ce qui pose aussi des questions quant à l’organisation institutionnelle), on peut penser que certains intervenants sont ainsi menés par le bout du nez par des sujets qui jouissent d’un rapport spécifique à l’objet, qui jouissent de mettre l’Autre en incapacité de faire quelque chose pour eux. P. Declerck donne également de nombreux exemples de ces situations où la personne clochardisée jouit de se mettre à nu devant le soignant ou le travailleur social, de mettre à nu le réel de son corps souffrant ou la proximité de la mort, et de toucher ainsi à l’angoisse de l’autre.
Il s’agit là de points de repères que peut donner la psychanalyse, qui permettent de dépasser une seule lecture descriptive des comportements (violence, alcoolisme, somatisation, pratiques addictives, traumatismes répétitifs, etc.) pour chercher à comprendre leur sens pour les sujets eux-mêmes, ainsi que la place des professionnels dans leurs relations avec eux.
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Symbolique, sujet de l’inconscient, transfert, et structure psychique (névrose / psychose / perversion). Ce sont là quelques concepts de la psychanalyse qui sont des moyens de réfléchir aux pratiques professionnelles du travail social et plus largement à celles de toute relation d’aide et de soins.
Le point commun, le fil rouge entre tous ces concepts, c’est la langue, la parole.
L’inconscient est structuré comme un langage, n’a cessé de répéter Lacan. Cela veut dire que la parole suppose l’inconscient[31], et que la notion d’inconscient n’est pas quelque chose d’ineffable, de mystérieux, de mythique ; il peut être analysé avec une certaine rigueur logique, notamment en se référant à des apports de la linguistique.
On peut donc dire que l’outil de travail principal des travailleurs sociaux n’est pas constitué par les dispositifs administratifs et les procédures techniques de leurs institutions, par les contrats et les projets individualisés, mais qu’il est constitué essentiellement de leur parole. Mais cette expression est aussi inadéquate puisque le terme d’outil laisse entendre que l’on pourrait maîtriser la langue ou la parole comme un objet extérieur à soi, alors qu’elle comporte une dimension qui échappe à toute maîtrise.
Nous ne parlons pas, nous sommes parlés et habités par le langage, rappelait aussi Lacan, à la suite de Heidegger[32]. C’est la langue notre habitation principale. La langue dans toutes ses dimensions, consciente et inconsciente. Tout autant que d’une prise en charge institutionnelle et d’un hébergement pour assurer tel ou tel besoin, c’est de l’abri, et de l’hébergement de la langue, d’une prise et déprise par la charge, par le poids du langage, dont ont besoin les personnes en souffrance, les personnes dont les lettres sont en souffrance, en attente d’être déposées et transcrites sur une Autre scène.
Outre les penseurs et les poètes, on peut croire que les psychanalystes occupent aussi une place de veilleurs de cet abri que constitue la langue pour les analysants qui leur font appel. Puissent les intervenants sociaux également occuper cette place à leur manière.
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Vincent de Gaulejac et I. Taboada Léontti : La lutte des places. EPI, 1994
Robert Castel : De l’indigence à l’exclusion, la désaffiliation. in Esprit, 1991
Ce texte se termine par une réflexion comparative sur la cure chamanique et la cure psychanalytique, sur les notions de mythe et d’inconscient.